“La
Banque Mondiale a certes donné des financements spécifiques
pour la lutte contre le sida mais le nombre des bébés
qui nous arrive à cause de cette épidémie ne
cesse d’augmenter. La Maison Shalom ne pourra jamais faire face
aux demandes de plus en plus nombreuses qui affluent pour la prise
en charge de personnes malades. Nous souhaiterions participer davantage
à la prise de conscience des
problèmes multiples directs et indirects occasionnés
par cette maladie. Bien sûr nous pouvons donner certaines aides
mais la question du sida dépasse notre vocation et notre compétence.
Quand bien même les prix des antirétroviraux ont beaucoup
baissé, cela reste totalement en dehors
de notre portée, sans compter les soins des effets secondaires.
De plus, les infrastructures sanitaires défaillantes au Burundi
ne peuvent pas assurer ni le suivi, ni les examens nécessaires
à ces traitements.
A
cause du sida, l’espérance de
vie au Burundi est aujourd’hui de 39
ans, toute une génération est totalement décimée.
Oui,
je suis vraiment en colère : les réunions internationales
sont stériles, on nous berce
de promesses, on nous endort avec des
fêtes et la détresse des personnes vivant avec le VIH
n’est pas entendue.
Je
suis en colère quand j’assiste au traumatisme
des enfants qui se retrouvent orphelins après avoir assisté
à la décomposition physique de leurs parents. Je suis
en colère de savoir que tant de vies sont sacrifiées
alors que des solutions existent :
les femmes enceintes et atteintes du VIH pourraient ne pas transmettre
le virus à leur bébé, les femmes violées
pourraient recevoir un traitement dans les 48 heures afin de minimiser
les risques de contamination, les instituteurs malades devraient recevoir
un traitement privilégié afin d’assumer leur cours
au mieux et d’éviter des classes de plus de 100 élèves,
les jeunes devraient avoir beaucoup d’autres rêves que
celui de venir dans les pays occidentaux pour bénéficier
de soins réels. Nous intensifions nos programmes de prévention,
mais nous savons bien que le pire reste à venir.
Merci
aux envois spécifiques de protections pour adultes pour un
peu plus de dignité avec l’inévitable problème
de l’incontinence lié au sida.
Merci
pour les 40 fauteuils roulants reçus qui permettent à
des personnes immobilisées de circuler et de recevoir joie
et courage pour affronter leur situation.
Merci
à ceux qui commencent à s’intéresser très
concrètement au problème et nous proposent des prises
en charge de cas difficiles. Merci à ceux qui parraineront
un enfant pour des soins réguliers et anti rétroviraux.”
Marguerite Barankitse
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